Cie Espace commun

Julien Fišera

13 février 2017 - 2 juillet 2017

Julien Fišera s’intéresse de près aux écritures d’aujourd’hui et s’attache à développer un théâtre qui considère les spécificités de chaque texte comme autant de remises en question du plateau. Curieux d’un théâtre ouvert à d’autres disciplines, il multiplie les collaborations dans le champ de la danse contemporaine, du cinéma et de l’opéra contemporain.
Avec le collectif de compagnies 360, dont il l’est un des membres fondateurs, il est à l’initiative de trois éditions du festival 360 en Seine-Saint-Denis : à Mains d’œuvres, Lilas en Scène et au Nouveau Théâtre de Montreuil.
Depuis la création de sa compagnie Espace Commun en 2004, il a monté, entre autres, des pièces de Philippe Minyana, Martin Crimp, Evgueni Grichkovets,Nicoleta Esinencu et, en mai 2017, Une île de Mariette Navarro et Samuel Gallet. Ces dernières années, la compagnie a notamment porté la création mondiale de la pièce Belgrade d’Angélica Liddell et Eau sauvage de Valérie Mréjen, repris à l’automne 2016 au Théâtre Paris-Villette. Passionné de musiques contemporaines, Julien Fišera crée  en 2015 au Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence l’opéra Be With Me Now qui est présenté dans toute l’Europe, et collabore en 2017 avec le groupe Cheveu aux Amandiers de Nanterre. La compagnie a créé en novembre dernier à la Comédie de Béthune, où Julien Fišera est associé, Opération Blackbird, avec une équipe composée de comédiens sourds et entendants.

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Pourrais-tu nous expliquer ton parcours, te présenter en quelques lignes ? 

La compagnie Espace commun a été créée en 2004. J’ai mis en scène notamment des textes de Albert Ostermaier, Evgeni Grichkovets, Philippe Minyana, Martin Crimp, Harold Pinter, Lars Norén, Caryl Churchill, Jean Genet, Simon Stephens, Angélica Liddell, Valérie Mréjen, Mariette Navarro et Samuel Gallet. Je me consacre aux écritures contemporaines : la mise en scène pour moi part de la rencontre avec un texte. Et il s’avère que chaque pièce m’invite à trouver la résolution scénique qui lui est propre.

J’ai accompagné en tant que dramaturge ou collaborateur artistique de nombreux metteurs et metteuses en scène ; j’ai travaillé dans des institutions comme dramaturge au 104, comme conseiller littéraire au Théâtre national de la Colline. J’ai été associé au Théâtre Dijon Bourgogne, à la Comédie de Saint-Etienne et à la Comédie de Béthune.

J’ai fait des études de lettres moderne et d’histoire de l’art en France comme à l’étranger : en Angleterre et aux Etats-Unis. J’ai donné des stages et créé des spectacles aux Etats-Unis, au Brésil, au Mexique, au Maroc.

Espace Commun, du nom de la compagnie que tu diriges, comme un espace de rencontres : comment cela se traduit-il dans ton travail ?

Né à l’étranger j’ai toujours eu conscience de la richesse que peut apporter la rencontre de cultures différentes. J’aime dialoguer et contribuer ainsi à un échange de regards qui nous enrichit mutuellement. D’un point de vue personnel, la rencontre avec l’autre m’aide à me déplacer, à me redéfinir et à préciser ce qui m’anime.

Ton travail est profondément marqué par une ouverture à d’autres disciplines : quel intérêt ou défi cette ouverture présente-t-elle pour ton projet artistique ?

Le théâtre est fondamentalement hybride et me permet dans ma pratique de me rapprocher d’arts qui me touchent. L’art de l’acteur bien sûr qui est un de mes moteurs mais aussi la littérature puisque pour moi tout part d’un texte. Mais j’ai aussi pratiqué la danse contemporaine pendant de nombreuses années et j’ai fait des études d’histoire de l’art : il me parait donc évident d’ouvrir sans cesse le théâtre.

Contrairement à d’autres arts, le théâtre se pratique à plusieurs. J’aime à rappeler avec humilité qu’en tant que metteur en scène je ne suis qu’un des nombreux artisans du spectacle à venir. Si je suis à l’initiative des projets que nous portons collectivement et que je suis garant du propos général, le théâtre est un art collectif. Et le spectacle est le fruit de cette communauté éphémère. C’est responsabilisant et cet enjeu dépasse j’en suis persuadé le seul cadre de la création.

J’ai pu constater depuis quelques années que j’aime à me déplacer dans ma pratique. J’aime la confrontation avec des écritures qui me mettent en mouvement et j’aime aussi voyager dans les genres. Dernièrement je me suis consacré à la musique contemporaine et j’ai eu la chance de signer un opéra au festival d’Aix-en-Provence et peu de temps après un spectacle musical à Nanterre-Amandiers avec le groupe de rock Cheveu ! J’ai porté il y a peu Opération Blackbird, un spectacle écrit au plateau et plus récemment encore je me suis retrouvé pour la deuxième fois à signer un spectacle aux côtés d’un autre metteur en scène. Il faut sortir de l’idée d’un regard unique. De la même manière, j’aime réunir sur le plateau des invités, des non-habitués, qu’ils soient comédiens amateurs ou simples habitants.

 Tu es cette année artiste associé au Grand Parquet : quels auront été les moments forts de cette résidence ?

La résidence au Grand Parquet tourne autour de la question des identités et de comment les raconter. Il y a des temps de répétitions : la création de La grande montée autour de la figure du coureur cycliste Marco Pantani, celle de Un dieu un animal qui dessine le parcours d’une jeune homme aujourd’hui qui rentre d’une zone de guerre, et enfin Raconter la ville, commande à des auteurs, qui est un temps d’immersion dans la vie d’habitants du quartier. La résidence s’ouvre également à d’autres pratiques et nous organisons deux festivals et un temps de rencontre. Enfin, le 7 mai, rendez-vous est pris pour un évènement unique, performance sur un texte commandé à l’écrivain Jean-Charles Massera : Jour d’élection.

©  Jean-Louis Fernandez

En création au Grand Parquet

LA GRANDE MONTÉE

Julien Fišera met en scène le groupe Cheveu pour un projet d’opéra d’un nouveau genre : La Grande Montée ! La Grande Montée s’appuie sur l’étape mythique de l’Alpe d’Huez pour raconter l’histoire exemplaire et pathétique de Marco Pantani, le coureur cycliste mythique qui a touché du doigt l’absolu. Les 21 lacets de l’ascension seront autant de stations de son chemin de croix.

>> crash test / LA GRANDE MONTÉE – ven 17 février à 19h30